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URSS-Hongrie 1956: le « bain de sang » olympique

18 Oct

Quand l’histoire olympique se mêle à la grande Histoire. Aux JO de Melbourne de 1956, la demi-finale de Water-Polo oppose l’URSS à la Hongrie. Un mois après la fin de la répression soviétique dans ce pays.

La photo est restée célèbre. Un Hongrois sort de l’eau, chancelant, le visage en sang. Dans d’autres circonstances, la photo n’aurait intéressé personne. Mais pas ce 6 décembre 1956. L’homme est devenu un symbole. Celui de la répression de l’empire soviétique contre son « pays frère » hongrois.

Cette demi-finale de Water-Polo se déroule près d’un mois après l’entrée des chars russes à Budapest. En octobre 1956, une manifestation d’étudiants hongrois est écrasée dans le sang. Des émeutes éclatent à Budapest. La révolte devient révolution. Le gouvernement est renversé. Le nouveau pouvoir promet de quitter le Pacte de Varsovie, c’est-à-dire le pacte militaire entre l’URSS et ses satellites.

Le gouvernement ne pourra honorer son engagement. Le 4 novembre, les troupes soviétiques entrent dans Budapest et matent le soulèvement. 2500 Hongrois périssent sous les balles soviétiques. L’URSS ne peut se permettre de « perdre » un pays dans sa lutte contre l’envahisseur américain.

Le contexte est donc bien lourd avant cette demi-finale de Water-Polo entre l’URSS et la Hongrie. Les Magyars sont bien décidés à faire payer aux poloïstes russes les actes de leur gouvernement. Dès la deuxième minute, le capitaine Hongrois Dezso Gyarmati donne un coup de poing à un russe. La rencontre s’envenime. Le russe Prokopov frappe au visage Ervin Zador, qui est obligé de quitter le terrain. De nombreux spectateurs mécontents se rapprochent de la piscine, montrent leur poing, crient des injures et crachent sur les Russes, rapporte le Sydney Morning Herald. Seule l’apparition de la police permet d’éviter une émeute.

Au final, la Hongrie l’emporte contre la Russie 4-0, dans un match où cinq joueurs (trois Russes, deux Hongrois) ont été expulsés, et se hisse en finale. « Nous sentions que nous jouions, non pas seulement pour nous mais pour notre pays tout entier », affirme après le match l’homme en sang Ervin Zador. Les poloïstes hongrois y remporteront la médaille d’or en battant la Yougoslavie 2-1. La Hongrie a récupéré sa fierté mais pas ses morts.

Michaël Bloch

Hillsborough, la vérité enfouie

18 Oct

Le 15 avril 1989, quatre ans après la catastrophe du Heysel, 96 supporters de Liverpool meurent suite à une bousculade
dans le stade de Hillsborough lors d’une demi-finale de Cup entre Nothingam Forrest et Liverpool. Les supporters des Reds sont accusés d’avoir eu un comportement d’hooligans par une partie de la
presse anglaise. Les déficiences policières et des secours n’apparaîtront que de nombreuses années plus tard. Vingt-trois ans après, le Premier ministre anglais David Cameron s’est excusé le 12
septembre auprès des proches des victimes. Retour sur une vérité qui a eu du mal à émerger.

La vérité. Recherchée par les proches des victimes, traquée par les journalistes, défendue par les politiques. Ce mot était sur toutes les bouches au lendemain d’Hillsborough. Cette vérité, si difficilement trouvable et si facilement manipulable. A la une, le tabloïd anglais Sun du 19 avril 1989 affiche “la vérité”, sa vérité. Il blâme le comportement des supporters de Liverpool: “Des fans se sont livrés à des pickpockets. Des fans ont uriné sur de braves policiers,” lance le quotidien en première page. Retentissant mais faux. Depuis lors, le journal est boycotté par les supporters du Liverpool et dans tout une partie de la ville.

“Ils sont train de nous tuer”

Place aux faits. En ce 15 avril 1989, des dizaines de milliers de personnes se pressent au stade d’Hillsborough pour supporter les Reds dans cette demi-finale de FA Cup. Des milliers d’entre-eux se présentent aux portes du stade à quelques minutes du coup d’envoi prévu à quinze heures. Les fans passent au compte-goutte par un tourniquet. Pour accélérer le flux, la police décide d’ouvrir une nouvelle porte pour accéder à la tribune ouest attribuée aux fans de Liverpool. S’y engouffrent des centaines de supporters. Ils parviennent finalement à pénétrer dans la tribune ouest où la pression se fait de plus en plus forte. Les fans sont poussés contre les grillages. Eddie Spearritt, dont l’enfant de 14 ans Adam a été tué dans la bousculade, raconte au Daily Mirror “Ils ont dit que c’était une ruée, mais cela ne l’était pas. Ce fut une lente et constante accumulation de pression, comme un étau qui se resserre jusqu’à ce que vous ne pouvez plus respirer.”

A 15 heures, le match débute comme si de rien n’était. Pourtant, dans les tribunes, c’est l’asphyxie. Des travées, Bruce Grobbelaar, gardien de Liverpool entend les appels à l’aide. “J’ai entendu crier’ Bruce, s’il te plait, à l’aide’. Il y avait deux policiers près de cette porte. Je leur ai crié de l’ouvrir. Le premier m’a ignoré mais l’autre s’est exécuté. Cela a fait comme l’ouverture d’une bouteille de coca trop secouée. Alors que j’allais récupérer un ballon sorti, un supporter est arrivé sur la pelouse et m’a dit:’Bruce ils sont train de nous tuer[1], témoigne-t-il dans le rapport Taylor, publié dans sa version finale en 1990. Le match est arrêté à 15h06. Le chaos règne. Sur les quarante-deux ambulances qui attendent près du stade, seule une parviendra à rentrer. L’accès leur avait été
interdit à cause de présumées bagarres dans le stade.

“La cause principale du désastre tient à l’incapacité des forces de l’ordre à gérer la foule”

Sur les 94 personnes qui meurent ce jour-là (2 autres décéderont dans les jours et les mois qui suivront), seules quatorze sont parvenues jusqu’à l’hôpital. Contrairement aux dires du Sun, les supporters de Liverpool survivants n’urinent pas sur la police mais se chargent des premiers secours. Lord Taylor a décrit leur rôle pour sauver les mourants comme “magnifique”. Ce même rapport Taylor estime que “la cause principale du désastre tient à l’incapacité des forces de l’ordre à gérer la foule”.

Des forces de l’ordre qui ont fait tout leur possible pour intoxiquer les médias et blâmer les supporters de Liverpool pour leur comportement plutôt qu’admettre leur responsabilité dans ce désastre. Comme l’a montré le rapport indépendant publié le 12 septembre 2012 et commenté par le Premier ministre anglais David Cameron: “Il est très clair que beaucoup de découvertes dans ce rapport affligent profondément.”, notamment “l’échec des autorités pour protéger les gens et la tentative de blâmer les fans.” Des autorités qui avaient décidé dès 15h15 qu’il était impossible de sauver d’autres personnes. Selon le rapport, quarante-et-une personnes étaient pourtant encore en vie à cette heure-là et auraient pu être secourues.

Vingt-trois ans après les faits, les excuses du pouvoir Britannique étaient attendues, elles sont (enfin) venues: “Quelques médias blâmant les fans de Liverpool se sont appuyés sur la version de la police, basée sur l’ivresse et la violence des supporters, et le fait que certains n’aient pas de ticket. Les fans de Liverpool n’étaient pas la cause du désastre. (…) Je dois aujourd’hui, en tant que Premier ministre, présenter des excuses aux familles de ces 96 personnes pour tout ce qu’elles ont enduré au cours de ces 23 dernières années, ” a affirmé le Premier ministre David Cameron.

La recherche de la vérité est maintenant terminée. Même le Sun l’a reconnu dans son édition du 13 septembre, la “vérité” (“the truth”) du 19 avril 1989 a laissé place à la “réelle vérité” (“the real truth”) du 13 septembre 2012. “Nous sommes profondément désolés pour les reportages incorrects”, ajoute le tabloïd en une. Pas sûr que cela suffise à faire redémarrer les ventes dans la Mersey. La
vérité a éclaté. Une autre bataille commence, celle des procédures judiciaires pour les familles des victimes.

Michaël Bloch

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[1] Citation extraite du rapport Taylor citée dans l’article “La colline a des yeux” du hors-série de SO FOOT de février 2012.

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