L’activité physique n’est pas un remède suffisant contre l’obésité infantile

15 Oct

Faire du sport ne permet pas d’endiguer l’obésité infantile. C’est l’étonnante leçon d’une étude menée par une équipe de chercheurs anglais de l’université de médecine de Plymouth, rendue publique le 8 juillet.

L’équipe de scientifiques d’Earlybird Diabetes Study a suivi 200 enfants pendant onze ans. Des appareils électroniques ont mesuré leur niveau d’activité physique pendant sept jours, chaque année à la même époque, ainsi que leur indice de masse grasse (indicateur qui rend compte de la proportion entre la masse de graisse et celle des muscles). Les médecins se sont alors aperçus qu’un surplus d’activité physique à l’âge de 7 ans ne permettait pas de réduire la masse graisseuse les années suivantes. Une autre étude, réalisée en 2009 et citée par le quotidien anglais The Telegraph, était arrivée à la même conclusion. Trois ans d’exercices physiques pour réduire l’obésité d’enfants n’avaient abouti qu’à une perte de seule-ment… 90 grammes.

François-Marie Caron, pédiatre et spécialiste de l’obésité infantile, n’est pas surpris : « Le sport est une activité bonne pour la santé, mais cela n’a rien à voir avec l’obésité. » « Une des causes de l’obésité, c’est la sédentarité », explique le médecin, c’est-à-dire « l’absence d’activité physique quotidiennecomme rester devant la télé ou faire tous les trajets en voiture ». Tel est le vrai danger pour le président de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA).

« L’inactivité physique est le résultat de l’obésité et non sa cause », expliquent les universitaires de Plymouth. Difficile, en effet, pour un enfant en surpoids de se confronter au regard de l’autre. « C’est un cercle vicieux, rappelle François-Marie Caron, il y a l’image qu’ils renvoient, et puis ils se désadaptent au sport, les muscles ne travaillent plus. »

L’équipe d’Earlybird en profite aussi pour égratigner les campagnes de « lutte contre l’obésité par la promotion de l’activité physique », qui « ont été généralement infructueuses ». Des politiques mises en place dans de nombreux pays et notamment aux Etats-Unis.

Le 9 février, Michelle Obama a lancé le mouvement « Let’s move » (Bougeons). Son objectif : promouvoir les activités physiques parce que « la santé de toute une génération ainsi que l’état économique et la sécurité de notre nation est en jeu », s’alarme la First Lady.

« Réduire le risque »

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a aussi lancé au début du mois de juillet un plan triennal de lutte contre l’obésité avec pour objectif un développement de l’activité physique à l’école. Dès décembre 2008, Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes), avait été chargé par le ministère de la santé de préparer un plan national de prévention par l’activité physique ou sportive (Pnaps). Cette mission recommandait notamment de « développer l’environnement construit pour favoriser les modes de déplacement en mobilité active (marche, vélo) depuis le domicile vers l’école, l’université ou l’entreprise, autour de plans de déplacements pertinents ».

Mais, comme le note Serge Hercberg, chargé depuis 2001 du Plan national de nutrition santé (PNNS), « il n’y a aucune politique de santé publique qui n’envisage de jouer que sur l’activité physique ». Même si cette « activité physique est un très bon moyen de lutter contre l’obésité infantile, associée à tout une série d’autres », estime Jean-François Toussaint.

« Il faut jouer sur beaucoup de facteurs pour prévenir l’obésité. Agir pour favoriser l’activité physique ne va pas empêcher l’obésité mais va réduire le risque », renchérit le président du PNNS. Une stratégie qui a prouvé son efficacité, selon M. Hercberg, la France étant un des rares pays européens (avec la Suède) où la prévalence du surpoids et de l’obésité est stable depuis l’an 2000. Un enfant sur trois a un indice de masse corporelle (IMC) trop élevé aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, contre moitié moins en France.

Michaël Bloch

Article paru dans Le Monde du 19/08/10

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