70 ans après, le témoignage d’un enfant du Vel d’Hiv

30 Sep

La France commémore aujourd’hui le 70e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Dix-sept ans après le discours de Jacques Chirac qui avait reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs, l’allocution de François Hollande, ce matin, au Vel D’Hiv est très attendue. Son mentor François Mitterrand ayant toujours refusé d’admettre une telle idée. Interné à 7 ans et demi dans l’ancienne enceinte sportive, Michel Muller se souvient de ces six jours dans cet enfer, des odeurs insupportables, du bruit épouvantable et des conditions de détention déplorables.

Il n’a véritablement réalisé qu’il était juif qu’en 1943, quand son frère lui a fait promettre de ne jamais révéler son identité. Il faut dire que le jeune Michel n’a que 4 ans quand son pays d’adoption (ses parents sont des réfugiés polonais) bascule dans la guerre en 1939. En 1940, les premières lois anti-juives sont votées par le gouvernement de Vichy, puis vient l’étoile jaune en 1942. L’enfant est encore jeune pour comprendre la portée du symbole. Il se souvient seulement que sa mère lui avait cousu précautionneusement l’insigne à la hauteur du cœur. »Le dimanche suivant, en habit de fête, pour la première fois, on se baladait en ville avec cette étoile. Ma mère nous avait glissé à moi et à mes frères : »Tenez-vous droit ». C’était sa manière de préserver sa fierté. »

Après l’étoile, la rafle. Le 16 juillet 1942, Michel, ses frères, sa sœur et sa mère sont arrêtés à leur domicile par des policiers français. Michel précise: « Pendant les quatre, cinq mois que j’ai passé en détention, je n’ai jamais vu un seul allemand. Seulement des policiers ou gendarmes français. »

La famille est envoyée au Vel D’Hiv comme plus de 13 000 autres juifs, principalement des « femmes, des enfants et des viellards », détaille Michel Muller. De ces six journées de juillet, l’enfant se rappelle surtout du bruit « incessant » et de l’odeur « infernal, faite d’urine, de m… et de grésil, un désinfectant ». Parfois, Michel la sent à nouveau. Il est alors pris « d’un sentiment d’angoisse ».« La mémoire olfactive est très puissante », souligne-t-il.

Comme lui, la France avait préféré oublier

Après la guerre, Michel est souvent retourné au Vélodrome d’Hiver pour voir des courses de vélo ou des meetings politiques. Comme lui, la France avait préféré oublier. Avant de se rappeler à sa propre histoire. Michel, poussé par sa soeur, commence à témoigner dans les années 1990, écrit un film sur les enfants du Vel d’Hiv, raconte son passé à son fils. Pour conjurer l’oubli.

Un récent sondage de l’Institut CSA pour l’UEJF montrait que 60 % des jeunes de 18 à 24 ans n’ont jamais entendu parler de la rafle du Vel d’Hiv. « Cela me désespère mais ça ne m’étonne pas » commente Michel Muller qui pointe « un problème d’éducation. »

De François Hollande, le survivant de la Shoah attend qu’il s’inscrive dans la « continuité du discours de Jacques Chirac et non dans celle de François Mitterrand. »Afin de prouver que ce passé « a enfin trouvé sa place, » selon l’expression de l’historien Henry Rousso.

Michaël Bloch

Article paru dans La Provence du 22 juillet 2012.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :